Un papillon sud lorrain a dérapé

 

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Dans notre papillon sud lorrain, c'est "l'effet-chenille" qui va poser problème. Dès qu'on aborde le problème linguistique, l'urbanité de cette larve, connue pourtant comme assez molle du genou, peut dorénavant se muscler comme le dos d'un tigre… Le bombyx qui s'en échappe, loin de voleter dans le verger des prévenances, rique de s'engouffrer dans les souffleries encrassées qu'on appelle en France les "réseaux sociaux".

 

A la sortie de ces voies nauséabondes, où même un chien écrasé n'ose plus fourrer sa truffe, des nuées de jeunes reporters au nombril en surchauffe farfouillent dorénavant sur des montagnes de fiel… Durand tartine son Touite, Dupont son Hachetague et Dubois son Fessebouc… Ensuite, chacun court au studio pour savourer son quart d'heure de Warhol. La toile se déchaîne, la ruche vrombit, le temps tourne et comme c'est la journée continue, des amazones repartent au front micro en main pour faire déraper les élus dans les couloirs.

 

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 Il est normal que dans cette bataille quotidienne, le plus prudent des cartounistes (au diable soient décidément les mots anglais) finisse  par enfermer dans sa bulle la petite phrase de trop. Quand on le lui reprochera au téléphone, au lieu de se faire pardonner de n'avoir pas flairé son dérapage, il fera mine de s'étonner qu'on n'ait pas su le lire au second degré.

 

Avant l'invention d'internet, un terme blessant pouvait en effet s'oublier. Quand on appelait un chat un chat, peu de téléspectateurs avaient le courage d'écrire une lettre. Le côté roublard de l'animal se devinait à la manière qu'il avait de s'en lécher les pattes. Bref, on n'allait pas se vexer pour une histoire de chat.

 

Depuis le web, les portables et  les réseaux-zozos, la drôlerie ne passe plus au second degré. Un dessin comme celui qui nous occupe se voulait sans doute un malicieux coup de bêche dans le terroir, pour y fourrer de la bonne graine romane. Quelle méconnaissance de l'humus mosellan! Que savons-nous des bulles?  Danger.

 

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Humiliés par l’image grossière que des ignorants de l’intérieur avaient laissée des deux annexions, les Mosellans de pure souche ont certes appris à dormir avec. En 2017, quand une allusion maladroite leur donne  l’occasion d’y repenser, ils s’engagent en solitaires dans un tunnel bordé de masques, la nuque bien calée sur le traversin. Alors seulement, mais jusqu’à l’aube, ils se souviennent avec compassion des pièges que les Prussiens, des plus odieux aux plus faciles, avaient tendus à leurs pauvres grands-parents.

 

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Par contre, ils n’aiment pas trop qu’on y revienne dans la journée. La méfiance mosellane est devenue si profondément culturelle que le meilleur parler vrai sur les annexions consiste à n’en plus rien dire!

 

 L’auteur n’a pas le même réflexe: penser au grand père et à la SS Adolf Hitler ne l’empêche plus de dormir.

 

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Vous imaginez l’effet sur un Grand-Est en recherche d’équilibre, où la double imprégnation linguistique  oblige les Mosellans à en parler avec tact... D'autant que les élus du nouveau territoire, né sous x en 2015, ont d’autres problèmes à régler. Ils viennent de se mettre d'accord autour d'un pot de yaourt mais on les voit souvent qui gigotent sous le camouflage ondulant des manifestations et des colloques.

 

 Il se rejoue entre eux une méchante partie de go. Aux quatre coins d’un baldaquin tout neuf, dont les velours pendouillent en pointillé de Gérardmer à Charleville et de Bitche à Troyes, les colonnes pourraient vaciller. Et c’est au mitan de ce plumard gagné par le doute qu’un tourlourou sort son taille-crayon et rhabille son grand-père pour l’hiver!

 

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S’il voulait seulement lui faire un clin d’œil, ce n’est guère respectueux. Dans un climat parisien devenu détestable, la province devrait mettre un point d’honneur à garder son vieil art de vivre.

 

 Sans rancune, nous espérons que notre confrère a seulement profité de l’occasion pour s’offrir une psychanalyse à l’œil.

 

JG novembre 2017

 

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