Les Charlie d'Oradour

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Dès le 7 janvier 2015, des centaines de milliers de Charlie avaient tourné autour du monde. Ils brandissaient au bout d’une perche un prénom qui, la veille encore, n’était chargé que de malice républicaine. Soudain, il avait changé de nature et envahi nos consciences. Pour tout Français normalement charpenté, l'esprit écartelé entre colère et compassion, il y avait dorénavant un avant et un après.

Mais pour les Mosellans, l’évocation de l'horreur par ce logo innocent était encore plus symbolique. Ils n'oubliaient pas qu'un "ancien Charlie" tout aussi révoltant avait précédé "l'avant Charlie"!

Il s’appelait Charly-Oradour.

Dans ce besoin de communion qui rend présentement la France plus humaine, il serait certes malvenu de réveiller une méchante plaie nationale, à propos du massacre où périrent en 1944 une quarantaine de Carlésiens. C'est le nom de ces réfugiés d'un village de la périphérie messine. Mais il se trouve encore en Alsace des voix pour réclamer la révision de procès de Bordeaux... Déboutés en appel, après avoir porté plainte à propos du récit de l’un des "Radounaux" survivants, ils ont relancé un débat malvenu à propos de l’engrenage diabolique dans lequel s'étaient trouvés impliqués une douzaine de jeunes enrôlés de force. Un historien leur avait aussitôt répondu qu’on n’attaque pas une victime fusillée à Oradour et qu'on lui tend la main plutôt. Un autre Alsacien avait osé poser la question qui trouble: Comment plaider le fait d’avoir été entraîné quand on est un coupable passif? Osons rêver que par l’effet d’un moment de grâce, l’idée vienne enfin à une province blessée de s'honorer en demandant tout simplement pardon. Au nom de l’effet Charlie.