ACA ... et le saint frusquin

 
 
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Cet article fut rédigé au début de l'année 2016, donc avant le choix "officiel" de "Grand Est" pour baptiser la nouvelle région. On avait pensé à ACA, ALCA, ACLA... tandis qu'un copinage de couloir proposait en catimini une brochette de noms ridicules, comme ACALI, NOUVELLE AUSTRASIE ou ACHLOR... (A vos souhaits!) Nous avions humblement tenté de ramener sur terre ce quarteron d'inspirés. Tout le monde a compris depuis que leur Grand Est était à l'ouest.

"Hors donc, demandions-nous à l'époque, ACA ça sert qu’ils se décarcassent dans les bureaux? On nous avait dessiné un beau rectangle… du lourd, du massicoté, beau comme un Etat du nord-ouest américain... Un seul bémol pourtant avant le baptême: Quel gros QI avait osé affubler la Région d'un nom aussi raplapla qu'ACA? GRAND-EST, ajoutons-nous, aurait quand même une autre allure…

La sociologie des bureaux nous enseigne qu'ils fonctionnent sur le principe des vases communicants avec des gens qui n'ont pas toujours envie de communiquer. Le coupable de l'Acatastrophe ne cherchait qu'un sigle, un truc facile à taper sur l’ordinateur et ils furent nombreux à se creuser la cervelle... On peut même penser que d'autres mots-clés leurs vinrent au bout des lèvres, qu'ils durent longtemps mâchouiller avant de trouver le plus lisse. Pourquoi pas CHAMALO du temps qu'ils y étaient ?

Leur choix n’ayant pas plu, les décideurs firent profil bas... Mais pourquoi diable étaient-ils si pressés? Bien des choses, en effet, allaient encore évoluer avant la fin de 2016 et déjà chacun s'enhardissait dans sa sphère... On négociait partout dans les bureaux. Jamais en retard pour donner de la voix, les journaux alsaciens avaient décidé qu'ACA deviendrait ALCA, une entité qu'ils continuent d'évoquer prudemment, sait-on jamais? Un lecteur m'a même appris que dans la rude moiteur des soirées weinstube, on se tapait sur les cuisses avec ce fameux ACHLOR (Alsace-CHampagne-LORraine) mais jamais devant les enfants.

Alors, ACA, ACLA, ALCA, ACAL ou même ALCALI pour nettoyer les paillassons , on avait le temps de voir à l'inauguration. La Lorraine se sentait comprise sur un point... Elle retrouvait avec ACAL les alérions de son  blason alors qu'on l'avait brutalement déplumée dans le cas d'ACA.

On ne peut que ressentir de la sympathie pour l'inconnu qui proposa au dernier moment CŒUR D'EUROPE. Il n'avait aucune chance avec de tels poètes... Mais savait-on jamais ?

La veine des aménageurs a toujours été de pouvoir faire le contraire de ce qu'ils avaient prévu trente ans plus tôt. Ils savent que demain n'est jamais la veille. Comme disait Coluche à propos du Pouvoir, le plus dur est seulement d'avoir assez de mémoire pour se souvenir de ce qu'il ne faut pas dire...

C'est alors que les Champardennais donnèrent de la voix, c'est ainsi qu'on les appelle. Bienvenue au Club! Leur nom évoque dans l'imaginaire régional un zest de pétillance française dont les laborieuses populations de l'Est ne seraient que modérément dotées. Basses calomnies, évidemment.

Soyons justes. L'émulation Champardennaise pourrait dissiper à terme, dans les mentalités frontalières, tout un magma d'idées reçues dont l'horizon conserve encore la couleur bleue des Vosges. Le changement ne serait pas du luxe.

Hélas, à mesurer depuis la densité des états d'âme au-dessus de Metz, Strasbourg, Chalons, Epinal ou Nancy, on a peu de chances, le jour de l'ouverture, de voir les élus de notre maxi-région faire sauter les bouchons de bon cœur. Dans toutes les têtes, fussent-elles traitées au Dom Perrignon, il va rester des bulles.

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