Un Cathare qui n’arrive pas trop tôt

 

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Bonne surprise: ce haut de page, qui pour une fois n’est pas de nous, est un vrai cadeau de Noël dans cette drôle d'époque, alors que la France a la tête ailleurs… On vous explique…

 

  

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Lorsque qu’après m’avoir contacté par téléphone, Jean-Claude Laffont et Anne-Marie Le Pense sonnèrent à ma porte, j’en restai fort étonné, puis impressionné. Comme disent les jeunes aujourd’hui, Respect !

Amoureux de Metz depuis une trentaine d’années, cet ancien officier d’origine occitane, revenu en Moselle à sa retraite, assure la correspondance de la revue "Le Mérite". Quant à l’authentique mosellane d'Hagendingen qui l’accompagnait, elle représente le secteur messin de "l’Ordre national du Mérite". Diable ! C’était du sérieux.

Je me doutais que les 20 000 lecteurs de la revue y retrouvaient, plusieurs fois par an, une exigeante pédagogie de l’unité nationale, mais j’ignorais que leur curiosité pour l’histoire de France pourrait les amener, en 2018, jusqu’à la moustache de Bismark, grâce au simple flair d’un Toulousain.

Quand ils me demandèrent si je voyais un inconvénient à la publication, dans "le Mérite", d’un texte vieux de onze ans sur "l’humiliation" des gens d’ici, j’eus de la peine, l’ayant pondu, à cacher un cocorico intérieur.

Il s’agissait en effet d’une conférence que m’avait demandée le Conseil général lors de sa "Journée des mémoires mosellanes" le 20 octobre 2007 à Montigny-les-Metz. Et pour être être franc (rien à voir avec Clovis) je pensais qu’en y dépiautant, une fois pour toutes, l’ensemble du bouquet de cactus de l’époque, il ne me serait plus nécessaire d’ y revenir plus tard aussi globalement. Mieux vaudrait, à mes yeux, dans "Moselle humiliée", effleurer chaque fois l’un ou l’autre de ces pièges de l’annexion.

C’est la raison pour laquelle, assez paradoxalement, ce long discours de Montigny ne fut pas publié dans notre site, alors qu’il le fut par nos amis d’ASCOMEMO dans le leur.

La curiosité de Jean-Claude Laffont m’aura ouvert les yeux. Il est vrai qu’au premier contact, son accent du sud-ouest m’avait montré qu’il était, comme moi, un Français de l’intérieur mosellisé, ce qui crée forcément des liens.

Je réalisai facilement qu’au-delà des fidèles de sa revue, celle-ci pouvait aussi, par le hasard des amitiés, voyager tout autour de la terre, et tomber, à l’ombre d’un bananier, sous les yeux d’un des 185 000 décorés de l’Ordre national du Mérite, ce qui devait faire du monde, qu’ils fassent la sieste ou non. Une pub pour la bonne cause, en somme. Un cadeau.

Quel cadeau ? vous demandez-vous : Je dirais… la preuve qu’une prose sans prétention historique mais libre de toute attache trouve toujours un lecteur confiant, du moment qu’elle évite de tremper le bout d’un petit doigt de pied dans le marais glauque des réseaux sociaux.

La démarche inattendue de Jean-Claude Laffont et Anne-Marie Le Pense ajoute de l’espoir aux Mosellans qui se croyaient incompris. Avant que tous les glaciers du monde aient fondu, avant que le département soit pour la cinquantième fois redessiné par un aménageur, elle nous fait souhaiter que la France de l’intérieur aie encore le temps d’apprendre par cœur à ses écoliers ne serait-ce que cinquante lignes sur l’effet ambigu des annexions. Afin que, dans le déluge d’images qui nous embrume et le chaos d’idées qui nous enfume, le destin cruel et si mal connu des frontaliers entre 1870 et 1946 ne tombe dans l’oubli.

L’hexagone a toujours vu la Moselle par le petit bout de la lorgnette. Il ne sait pas que de son nord-est, pas mal de Mosellans germanophones viennent à Metz quand ils ne peuvent pas faire autrement… Il ne sait pas non plus que de son sud-ouest, on trouve des Messins qui ne passent la frontière que pour remplir leur réservoir…

Et pourtant, au-delà de ce folklore, il ignore surtout l’essentiel, comme un secret de famille : dès qu’il faut se méfier de Paris, de Strasbourg ou de Nancy, les deux cultures si différentes ne font plus qu’une ! D’où cette complicité au ras des mirabelliers en fleurs. Elle fait le charme d’un département complexé mais riche de son binôme.

C’est ainsi qu’à mes yeux, le geste d’Anne-Marie Le Pense et Jean-Claude Laffont a du sens. L’homme a vite adoré la région. Il aime fouiner dans les bibliothèques et connaît son Gravelotte par cœur. Il joue au billard et parle avec les gens. Voilà un Cathare qui n’arrive pas trop tôt !

Ils ont tenu parole en septembre dernier. A lire les premières réactions dès la parution du texte de Montigny dans "Le Mérite", je me dois de les remercier pour ce double coup de pouce et leur renvoie sportivement l’ascenseur. (section57.anmonm.com). Alors que partout s’agite un nationalisme à tête de mule, leur geste à contre-courant est bon signe.